Newsletter 10-2026

DÉFENSE

Comment Multiplast s’est lancĂ© dans la fabrication de drones

Multiplast est en train de terminer la fabrication de sept drones pour le compte de la société Boreal, qui pourrait déboucher sur une production en série.

Explications avec Samuel Napoléoni, en charge du projet pour Multiplast, et Pierre Ezerzere, directeur du développement de Boreal.

© Boreal/M3 Systems

Ce projet a dĂ©butĂ© fin 2025, lorsque Boreal et un acteur europĂ©en de la DĂ©fense s’étaient associĂ©s pour rĂ©pondre Ă  un appel Ă  manifestation d’intĂ©rĂŞt de la part de la Direction gĂ©nĂ©rale de l’Armement (DGA) pour la construction d’un drone longue portĂ©e (supĂ©rieure Ă  500 km). « Notre dossier n’a pas Ă©tĂ© retenu, mais le partenariat avait tellement bien fonctionnĂ© que nous avons dĂ©cidĂ© de quand mĂŞme lancer notre programme, nous Ă©tions persuadĂ©s d’avoir une offre diffĂ©renciante« , raconte Pierre Ezerzere, directeur du dĂ©veloppement de Boreal, entreprise basĂ©e près de Toulouse et spĂ©cialisĂ©e dans la fabrication de drones depuis 1998.

Parmi eux, le Boreal, spĂ©cialisĂ© dans la surveillance et la reconnaissance, qui a servi de base pour la rĂ©alisation de ce nouveau projet, pour la construction duquel Boreal a dĂ©cidĂ© de faire appel à des ressources externes : « Historiquement, nous en construisons, mais de façon plutĂ´t artisanale, dans le sens oĂą ça se limitait Ă  quelques exemplaires par an, poursuit Pierre Ezerzere. Sur ce nouveau projet, la cadence visĂ©e Ă©tait supĂ©rieure, ce qui nĂ©cessitait une massification de la production, nous avons donc eu besoin de partenaires pour fabriquer l’aĂ©rostructure. »

Le choix s’est portĂ© sur Multiplast. « Pour plusieurs raisons, prĂ©cise le directeur du dĂ©veloppement de Boreal. D’abord parce j’ai vu en face de moi des gens en capacitĂ© de faire des pièces uniques et d’envergure très complexes, comme des Imoca ou les flotteurs pour Positive Aviation (voir notre article), dont je connais par ailleurs très bien les dirigeants. Ensuite, parce qu’ils ont montrĂ© une très grosse proactivitĂ© : avant mĂŞme qu’on ait signĂ© le contrat, ils ont Ă©tĂ© en capacitĂ© d’amener une ressource pour faire du prĂ©-design. Enfin, Multiplast rejoignait notre ambition de monter en cadence. »

En charge de ce projet pour le compte de l’entreprise vannetaise, Samuel NapolĂ©oni explique quant Ă  lui le challenge qu’il reprĂ©sentait : « C’était vraiment intĂ©ressant, parce que ça revenait Ă  une mise en application industrielle de techniques plutĂ´t propres au modĂ©lisme ou aux planeurs, avec un arrangement composite qui devait ĂŞtre Ă  la fois lĂ©ger et solide. Chez Multiplast, c’est la première fois que nous rĂ©alisons une structure sandwich d’aussi faible Ă©paisseur, ça a fait Ă©merger toutes sortes de petites problĂ©matiques de mise en Ĺ“uvre et de fabrication qui nous ont bousculĂ©s dans nos habitudes. »

Le premier prototype a Ă©tĂ© livrĂ© en juillet par Multiplast, moins de deux mois après avoir reçu les plans de formes extĂ©rieurs et lancĂ© la fabrication des moules. Les six drones de prĂ©-sĂ©rie ont ensuite Ă©tĂ© fabriquĂ©s dans la foulĂ©e. Pour un rĂ©sultat qui satisfait particulièrement le donneur d’ordre : « Nous avons fait des essais statiques pour vĂ©rifier la dĂ©formation de la voilure sous charge ; cela s’est très bien passĂ©, mĂŞme chose avec le fuselage, c’est rare dans le monde du drone d’avoir bon du premier coup sur toute la partie structure, souligne Pierre Ezerzere. En plus de ça, Multiplast a tenu les coĂ»ts et les dĂ©lais, et le fait de nous avoir dĂ©diĂ© un chef de projet, une Ă©quipe et des locaux, nous a permis de faire du dĂ©veloppement dans des conditions très sereines. »

Quelles sont dĂ©sormais les ambitions de ce projet ? « Pour l’instant, c’est un premier jeu pilote, mais l’objectif est d’augmenter la production en fonction de la demande », rĂ©pond ce dernier. Du cĂ´tĂ© de Multiplast, Samuel NapolĂ©oni confie : « Nous sommes en mesure de rĂ©pondre Ă  une demande très supĂ©rieure, notamment en dupliquant les outillages pour fabriquer deux ou trois drones en parallèle. »

EN BREF
  • INDUSTRIE. Édouard Kaminski, prĂ©sident de l’UniversitĂ© Paris CitĂ©, a inaugurĂ© le 3 juillet, sur le campus des Grands Moulins (13e arrondissement), la plus grande mĂ©ridienne en carbone au monde (13 mètres de haut pour 3,5 mètres de large et une masse totale de 650 kg), construite par Multiplast (voir notre article dans la dernière newsletter).

  • COURSE. Après avoir officiellement reçu mi-juin au musĂ©e de la Marine de Paris le TrophĂ©e Jules Verne, Thomas Coville, skipper de Sodebo Ultim 3, dĂ©tenteur depuis janvier du record autour du monde (40 jours 10 heures 45 minutes et 50 secondes), a tenu Ă  passer dĂ©but septembre chez Multiplast Ă  Vannes. L’occasion pour lui de remercier les Ă©quipes qui ont construit son trimaran, mis Ă  l’eau en 2019.

  • COURSE. Yoann Richomme, Benjamin Dutreux et leurs Ă©quipes respectives ont accueilli la presse chez Multiplast le lundi 14 septembre, l’occasion de dĂ©voiler les grandes lignes de la carène de leurs futurs Imoca Paprec et 4CAD, sisterships signĂ©s Antoine Koch Ocean et construits Ă  Vannes. La carène se distingue par trois lignes de bouchain et une largeur rĂ©duite au maximum, très proche de celle des Class40, qui mesurent pourtant six mètres de longueur de moins ! Paprec, dont la coque et le pont viennent d’être assemblĂ©s chez Multiplast, sera mis Ă  l’eau en mars 2027, 4CAD quelques mois plus tard.

  • INDUSTRIE. Prestataire pour de nombreux teams de course au large Ă  Lorient, dont le Gitana Team, Bruno Laurent est parti Ă  la retraite et a cĂ©dĂ© son container/atelier tout Ă©quipĂ© Ă  Multiplast, qui comprend notamment un tour et une fraiseuse. Ce qui permet Ă  l’entreprise d’intĂ©grer un vrai pĂ´le mĂ©canique et d’être en mesure de faire de l’usinage et du fraisage pour la construction de pièces mĂ©talliques.

  • AÉRONAUTIQUE. Multiplast a livrĂ© le 23 juillet le premier flotteur du futur avion bombardier d’eau FF72 pour le compte de Positive Aviation (voir notre newsletter de mai 2025). Les pièces composites de ce premier flotteur sont en cours d’assemblage Ă  Nantes, l’installation des flotteurs sous l’ATR 72 sera ensuite effectuĂ©e dĂ©but 2027 chez Positive Aviation, Ă  Toulouse, pour des premiers vols d’essai du FF72-X1 prĂ©vus courant 2027. L’objectif est de prĂ©senter l’appareil au Salon International de l’AĂ©ronautique et de l’Espace du Bourget en juin prochain.

  • COURSE. La première Ă©dition de The Ocean Race Atlantic, course en Ă©quipage en Imoca entre New York et Lorient, a vu deux bateaux « made in Multiplast » monter sur le podium : 11th Hour Racing (Francesca Clapcich) a terminĂ© deuxième, DMG Mori Global One (Kojiro Shiraishi), dont c’était la toute première course, a signĂ© une prometteuse troisième place. Prochain rendez-vous pour ce dernier, The Ocean Race monde (dĂ©part le 17 janvier ), tandis que Francesca Clapcich s’élancera le 1er novembre de Saint-Malo sur sa toute première Route du Rhum-Destination Guadeloupe. Une transat en solitaire sur laquelle on retrouvera trois autres Imoca construits en totalitĂ© ou en partie chez Multiplast, MACSF (Corentin Horeau), Resilient (Pierre-Louis Attwell) et Vaincre la Mucoviscidose (Maxime Sorel), mais Ă©galement l’Ocean Fifty Elvest (Mathieu Perraut), le Class40 Lucente (Matteo Serricano), le Vintage Multi Groupe GCA (ex Elf Aquitaine III, Gilles LamirĂ©), les Ultim Actual Ultim 4 (Anthony Marchand), Sodebo Ultim 3 (Thomas Coville), Banque Populaire XI (Armel Le ClĂ©ac’h, flotteurs), SVR Lazartigue (Tom Laperche, coque centrale), Idec Sport CIC (Alexia Barrier) et Liamm (Guirec SoudĂ©e).

  • COURSE. Marseille a accueilli du 23 septembre au 2 octobre le championnat du monde de course au large double mixte, disputĂ© Ă  bord de Sun Fast 30 OD, monotype construit par Multiplast et Jeanneau. C’est un duo français qui s’est imposĂ©, composĂ© de Colombe Julia et Thomas AndrĂ©.
AÉROSPATIAL

Multiplast dans l’espace avec la fusĂ©e Spectrum

Après un premier essai infructueux en mars 2025, la start-up allemande Isar Aerospace est devenue le 5 septembre le premier acteur européen privé à envoyer en orbite cinq satellites via sa fusée Spectrum, qui a décollé avec succès de la base d’Andoya, en Norvège.

Un projet auquel Multiplast est associé de près puisque ses équipes ont fabriqué les coiffes du lanceur de satellite, comme l’explique Sylvain Meudec, en charge du projet.

© Isar Aerospace

Comment ce projet a-t-il débuté chez Multiplast ?
Il est arrivĂ© chez nous en 2021, via une personne avec laquelle nous avions travaillĂ© sur l’avion Ă©lectrique Alice et qui nous a mis en contact avec Isar Aerospace, qui cherchait un partenaire pour fabriquer les coiffes de la fusĂ©e. Nous avons commencĂ© par de la mise au point du design, avec notamment une petite sĂ©rie d’Ă©prouvettes pour lancer les premiers prototypes, courant 2022, de la coiffe du lanceur, constituĂ©e de deux demi-coquilles qui s’ouvrent dans l’espace pour libĂ©rer le satellite Ă  l’intĂ©rieur.

Quel était le principal challenge technologique de ce projet ?
Nous avons travaillé avec des matĂ©riaux assez classiques pour nous, Ă  savoir du sandwich peau carbone, mais qui est recouvert de liège pour l’isolation thermique. Le challenge Ă©tait liĂ©e Ă  cette isolation en liège, qui, en gĂ©nĂ©ral, se fait par-dessus le carbone en fin de gamme, mais que nous avons dĂ©cidĂ© de faire directement dans le moule. Nous avons en dĂ©but de gamme posĂ© le liège pour ensuite draper par-dessus, plutĂ´t que devoir passer ensuite par une phase de finition, de façon Ă  ce que quand la pièce sorte du moule, il n’y ait plus qu’Ă  la dĂ©tourer, elle Ă©tait prĂŞte Ă  ĂŞtre utilisĂ©e. Je pense que nous sommes les seuls Ă  procĂ©der de la sorte. Nous avons dĂ» faire quelques essais de prototypage pour valider l’ensemble des matĂ©riaux et la mise au point du process d’isolation, ils ont donnĂ© des rĂ©sultats très satisfaisants.

Comment vous êtes-vous organisés pour la fabrication ?
La pièce mesure environ 6 mètres de long pour 2,50 mètres de large, chaque coiffe est constituée de deux demi-coquilles, qu’on appelle “coquille sup” et “coquille inf”. Une coiffe nécessite 12 à 16 semaines de production pour une équipe de 3 et 4 personnes selon les phases. Nous avons dédié toujours les mêmes opérateurs à ce projet afin de profiter pleinement de leur apprentissage dans la réalisation de ces pièces complexes. Nous avons livré quatre coiffes, la première a subi l’explosion en vol du lanceur 12 secondes après le lancement, la deuxième a permis de lancer les satellites et donc de réaliser la mission. 

Comment avez-vous justement vécu ces lancements ?
Nous Ă©tions en contact avec Isar Aerospace qui nous prĂ©venait quand il y avait des fenĂŞtres de tir sur le site d’Andoya, donc nous suivions cela avec attention sur leur site internet et leur chaĂ®ne YouTube. Nous avons Ă©tĂ© forcĂ©ment déçus quand la première fusĂ©e a explosĂ© en vol, mais quand la deuxième est arrivĂ©e dans l’espace, que les Ă©lĂ©ments de la coiffe se sont libĂ©rĂ©s et que le lanceur a larguĂ© les satellites, nous Ă©tions forcĂ©ment très fiers. ce succès signifiait que notre pièce avait fait le job et, donc que la qualitĂ© de fabrication Ă©tait bonne. Pour Multiplast, cette coiffe restera Ă  jamais la première pièce dans l’espace en 45 ans d’histoire de l’entreprise !

Sur quoi peut déboucher ce projet ?
Le deal dès le dĂ©part avec Isar Aerospace Ă©tait assez clair : ils faisaient appel Ă  nous pour les phases de prototypage, il y n’y avait pas de production en sĂ©rie prĂ©vue avec le client. Nous verrons si ça Ă©volue, mais ce qui est sĂ»r, c’est que le fait d’avoir rĂ©ussi Ă  dĂ©velopper cette nouvelle technologie de pose du bouclier thermique nous permet de nous positionner sur ce marchĂ© de lanceurs de satellites et peut donc amener de nouveaux clients dans le New Space. Nous avons prouvĂ© que nous avions le savoir-faire pour fabriquer des coiffes, avec des process diffĂ©rents et de manière particulièrement compĂ©titive.

DANS LE GROUPE CARBOMAN

Comment le groupe Carboman est évalué sur sa politique RSE

Depuis plus de deux ans, le groupe Carboman est évalué sur sa politique RSE via le système EcoVadis, qui vise à établir une norme internationale pour les entreprises en matière environnementale et sociétale.

Animateur HSE (hygiène, sécurité, environnement) au sein du groupe, Arnaud Buan nous en dit plus.

© Multiplast

Si le groupe Carboman a dĂ©ployĂ© depuis plusieurs annĂ©es une politique RSE (responsabilitĂ© sociĂ©tale et environnementale), celle-ci a franchi un palier depuis qu’il a intĂ©grĂ© le système EcoVadis en 2024. « C’est une plateforme de notation qui est arrivĂ©e chez nous Ă  l’initiative de nos grands comptes, comme Safran, Thales ou Naval Group, raconte Arnaud Buan. Comme ces grands groupes sont tenus eux-mĂŞmes de rendre des comptes Ă  l’État dans le domaine de la RSE, par un effet de ruissellement, ils doivent s’assurer que leurs fournisseurs et sous-traitants sont tous bien engagĂ©s dans la mĂŞme dĂ©marche. Cette grille d’audit leur Ă©vite non seulement d’avoir Ă  venir auditer directement les entreprises, elle leur permet en outre d’avoir une idĂ©e prĂ©cise de leurs actions.”

Concrètement, comment fonctionne le système ? “Ça se prĂ©sente sous la forme d’un questionnaire qui doit faire environ 80 pages et touche les diffĂ©rentes thĂ©matiques de la RSE, poursuit ce dernier. Par exemple, sur la partie environnementale, on va nous demander ce que l’on fait pour rĂ©duire notre consommation d’Ă©nergie, comment on change nos habitudes au niveau de la mobilitĂ© ou comment on traite nos dĂ©chets. Sur la partie Ă©thique, les questions peuvent toucher aux achats responsables. Et surtout, il faut Ă  chaque fois fournir des documents Ă  l’appui qui, quelque part, vont ĂŞtre des Ă©lĂ©ments de preuve.”

Ce travail, Arnaud Buan l’a effectué une première fois il y a deux ans, pour quel résultat ? “Nous avons obtenu la note de 52 points sur 100, ce qui nous a permis d’obtenir le label « entreprise engagée », sachant qu’au-dessus, il y a ensuite un système de médailles, du bronze au platine, en passant par l’argent et l’or. Cette note, qui était un bon début, s’expliquait justement par le fait que dans notre politique RSE, il manquait cette partie formalisation, qui est importante dans le système EcoVadis.”

Cette certification devant ĂŞtre renouvelĂ©e rĂ©gulièrement, une version 2027 est actuellement en cours de rĂ©daction. “En deux ans, nous avons bien fait bouger les lignes en matière environnementale et sociĂ©tale au sein du groupe. Notre objectif cette annĂ©e est d’aller chercher au moins la mĂ©daille de bronze, ce qui veut dire une note de 65.” Et Arnaud Buan de conclure, Ă  propos d’EcoVadis : « C’est un outil intĂ©ressant et vertueux, dans le sens oĂą c’est une bonne incitation Ă  mieux rĂ©flĂ©chir et formaliser sa politique RSE.”

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